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Louis de SAUSSURE
ICI ET MAINTENANT DECLENCHEURS DE METAREPRESENTATIONS
Si l'indexicalité est le fait d'une subjectivité nécessaire, il est également évident que les déictiques peuvent être utilisées par un locuteur / scripteur non pas pour renvoyer à sa subjectivité propre, mais à celle d'un tiers ; c'est le cas traditionnel de la subjectivité allocentrique, qui se trouve représentée en particulier dans le style indirect et les usages apparentés. A tel point qu'un déictique comme ici ou maintenant figure en bonne position dans la liste classique des expressions qui déclenchent l'interprétation d'une représentation de pensée attribuable à autrui en contexte narratif. Plus largement, la nécessité d'une référence subjective fondamentale (origo) déclenchée par ici ou maintenant nous semble être la clé du déclenchement de phénomènes métareprésentationnels, dans lesquels le locuteur communique non pas sa propre pensée au sujet d'un fait, mais son interprétation d'une pensée d'un tiers.
Nous nous intéressons d'abord à la question de savoir quel type d'interprétation de maintenant favorise cette situation. Plus précisément, nous nous interrogeons sur d'éventuelles différences, à cet égard, selon que maintenant dénote une ponctualité associée au moment de l'énonciation ou au contraire un segment de temps plus large, et selon que maintenant dénote une temporalité qui englobe le moment de l'énonciation effective, le moment de l'énonciation représentée, ou un moment qui n'englobe pas le moment de l'énonciation.
Dans la plupart des langues, il existe plusieurs expressions linguistiques permettant de communiquer l'origo. Notamment, en ce qui concerne la deixis présente, le russe présente une variation assez subtile entre deux lexèmes, teper' et sejcas, dont l'origine fait suspecter un caractère plus ponctuel. Le fait intéressant réside en ceci que teper' semble plus facilement utilisable que sejcas pour l'usage allocentrique. L'allemand connaît également deux morphèmes proches : jetzt et nun, qui présente des variations d'usage différentes. En français, on note également une différence entre le maintenant, sous-déterminé en termes de durée, et des expressions comme en ce moment ou à ce moment précis qui n'autorisent pas tous les usages non strictement temporels, comme les usages discursifs / argumentatifs ; on le voit en contrastant par exemple (1) et (2), et en observant le à ce moment-là argumentatif en (3) :
(1) On sait qu'ils se voient souvent. Maintenant, on ne sait pas s'ils sont amants.
(2) On sait qu'ils se voient souvent. En ce moment, on ne sait pas s'ils sont amants.
(3) A ce moment-là, autant fermer boutique.
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